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Au début, tout allait bien. L’entrepreneur était souriant, le devis semblait raisonnable, l’acompte a été versé sans trop se poser de questions. Puis les ouvriers se sont faits plus rares. Un mur reste à moitié monté, la salle de bain est éventrée, et les appels tombent dans le vide. Ou alors les travaux sont bel et bien terminés – sauf que le plancher gondole, que l’eau s’infiltre et que l’entrepreneur jure que “c’est normal”. Dans les deux cas, on se retrouve avec une maison en chantier, un budget qui déborde et le sentiment d’avoir été floué chez soi.
Ce que beaucoup de propriétaires ignorent, c’est que la loi québécoise les protège bien plus qu’ils ne le croient. Le Code civil du Québec encadre le contrat d’entreprise et impose à l’entrepreneur des garanties qu’aucune clause ne peut vous retirer. Encore faut-il connaître ces recours et, surtout, agir avant que les délais ne se referment.
Première idée reçue à corriger : l’entrepreneur ne s’engage pas seulement à “faire de son mieux”. Il doit agir selon les règles de l’art et livrer un ouvrage conforme (article 2100). En pratique, les tribunaux considèrent qu’il est tenu à une obligation de résultat quant à la qualité et à la solidité des travaux. Autrement dit, si le résultat n’est pas au rendez-vous, ce n’est pas à vous de prouver sa négligence : c’est à lui de démontrer qu’une cause étrangère l’a empêché de bien faire.
Le prix suit la même logique protectrice. Dans un vrai contrat à forfait, le montant convenu est le montant dû (article 2109). L’entrepreneur ne peut pas vous présenter une facture gonflée en fin de parcours sous prétexte que les travaux ont coûté plus cher que prévu, et vous ne pouvez pas non plus exiger un rabais s’ils lui ont coûté moins. Les suppléments, les fameux “extras”, ne sont exigibles que si vous y avez consenti. Un dépassement imposé unilatéralement n’a aucune valeur.
Voici le levier le plus mal connu et le plus utile. Vous n’êtes pas tenu de payer le solde avant la réception de l’ouvrage, c’est-à-dire avant que les travaux soient réellement terminés (article 2111). Et au moment de cette réception, si des corrections restent à faire, vous avez le droit de retenir une somme suffisante pour y pourvoir, jusqu’à ce que l’entrepreneur ait réglé les problèmes.
C’est un outil de négociation puissant, à condition de l’exercer correctement : la retenue doit être proportionnelle au coût réel des correctifs, et il est prudent de la documenter par écrit en listant précisément les réserves. Payer la totalité “pour avoir la paix” prive de ce moyen de pression. Cela dit, le simple fait d’avoir payé ne vous fait pas renoncer à vos droits (article 2124) : vous conservez vos recours même après avoir réglé la facture.
Le Code civil impose à l’entrepreneur deux garanties automatiques, d’ordre public, qu’aucun contrat ne peut écarter. Elles sont au coeur de la plupart des litiges.
La première couvre les malfaçons – les défauts d’exécution, les travaux mal faits – existant au moment de la réception ou découverts dans l’année qui suit (article 2120). Pendant un an, l’entrepreneur reste responsable de ces défauts et doit les corriger.
La seconde est beaucoup plus lourde. Si l’ouvrage subit une perte, totale ou partielle, dans les cinq ans suivant la fin des travaux, en raison d’un vice de conception, de construction ou du sol, l’entrepreneur est responsable solidairement avec l’architecte et l’ingénieur qui ont dirigé les travaux (article 2118). Les tribunaux interprètent largement cette “perte” : il ne s’agit pas seulement d’un effondrement, mais de tout vice sérieux qui compromet la solidité ou rend l’ouvrage impropre à sa destination – fondations fissurées, infiltrations majeures, affaissement structural. Mieux encore : la loi présume la responsabilité. Vous n’avez pas à prouver la faute, seulement le vice et le délai.
| Garantie | Ce qu’elle couvre | Délai |
|---|---|---|
| Malfaçons (art. 2120) | Travaux mal exécutés, défauts présents à la réception | 1 an après la réception |
| Perte de l’ouvrage (art. 2118) | Vice de conception, de construction ou du sol compromettant l’ouvrage | 5 ans après la fin des travaux |
| Vices cachés (art. 1726) | Défaut grave, caché et antérieur, rendant l’ouvrage impropre | Dénonciation écrite dans un délai raisonnable |
| Prescription pour agir (art. 2925) | Délai pour déposer la poursuite | 3 ans depuis la découverte |
Un réflexe à ne jamais négliger : dès que vous constatez un problème, dénoncez-le par écrit à l’entrepreneur (article 1739). Ce courriel ou cette lettre datée protège vos droits et fixe le point de départ des délais.
Beaucoup de propriétaires confondent les régimes, et cette confusion coûte cher. Pour une maison neuve bâtie par un entrepreneur accrédité, c’est le plan de la Garantie de construction résidentielle qui s’applique : il couvre notamment les acomptes versés, le parachèvement des travaux et les vices, selon des plafonds et des délais précis. Ce plan ne vise toutefois que le neuf : la rénovation, l’agrandissement et l’autoconstruction en sont exclus.
Pour des travaux de rénovation, votre protection vient plutôt du cautionnement de licence de l’entrepreneur, géré par la Régie du bâtiment. Ce cautionnement peut vous indemniser pour un acompte perdu, des travaux non terminés ou des malfaçons constatées dans l’année – jusqu’à 20 000 $ pour un entrepreneur spécialisé et 40 000 $ pour un entrepreneur général. D’où l’importance capitale de vérifier, avant de signer, que votre entrepreneur détient bien une licence valide et que son numéro figure au contrat.
Un entrepreneur qui disparaît avec votre dépôt sans livrer les travaux commet une faute : contrairement à vous, il ne peut pas quitter le chantier à sa guise, seulement pour un motif sérieux (article 2126). Vous pouvez alors exiger la restitution des sommes non gagnées et réclamer les coûts supplémentaires pour faire terminer l’ouvrage par quelqu’un d’autre (article 2129).
La marche à suivre reste la même pour la plupart des litiges de construction. Avant tout, rassemblez vos preuves : contrat, factures, photos datées, échanges de messages. Une expertise en bâtiment est souvent déterminante pour établir les malfaçons et chiffrer les correctifs – c’est d’ailleurs une pièce que la Régie exige pour une réclamation sans jugement. Vient ensuite la mise en demeure, cette lettre officielle qui réclame la correction ou le remboursement dans un délai précis. Pour la rédiger, le cabinet met à votre disposition un générateur de mise en demeure qui structure votre demande selon les règles. Si rien ne bouge, le dossier peut suivre le même chemin que tout recouvrement de créance : réclamation au cautionnement, puis tribunal.
Côté tribunal, tout dépend du montant. Jusqu’à 15 000 $, la Division des petites créances offre une voie économique où l’on se représente seul à l’audience – un avocat peut toutefois préparer votre preuve et votre stratégie en amont. Au-delà, c’est la chambre civile de la Cour du Québec. Avant de vous engager, un diagnostic de votre litige permet souvent d’évaluer la solidité de votre dossier et le recours le plus adapté.
Un abandon sans motif sérieux est une faute contractuelle (article 2126). Documentez l’état des travaux, envoyez une mise en demeure exigeant la reprise ou le remboursement dans un délai précis, puis réclamez les sommes versées non gagnées et le surcoût pour faire terminer l’ouvrage. Si l’entrepreneur détenait une licence valide, vous pouvez réclamer au cautionnement de la Régie du bâtiment.
Oui. En cas d’inexécution, vous pouvez exiger la restitution de l’acompte (logique de l’article 2129). L’indemnisation peut passer par le cautionnement de licence RBQ (jusqu’à 20 000 $ ou 40 000 $ selon le type d’entrepreneur), ou par le plan de la Garantie de construction résidentielle s’il s’agit d’une maison neuve accréditée. Un jugement augmente nettement vos chances d’être indemnisé par le cautionnement.
Le Code civil prévoit un an pour les malfaçons existant à la réception (article 2120) et cinq ans pour la perte de l’ouvrage découlant d’un vice de conception, de construction ou du sol (article 2118). Les vices cachés doivent être dénoncés par écrit dans un délai raisonnable. Pour déposer une poursuite, la prescription est de trois ans à compter de la découverte du problème (article 2925).
C’est fortement recommandé. Un rapport d’expert en bâtiment établit la malfaçon ou le vice, en identifie la cause et chiffre les correctifs. Cette preuve est souvent déterminante devant le tribunal et la Régie du bâtiment l’exige pour une réclamation sans jugement. Conservez aussi le contrat, les factures, les photos datées et toutes vos communications.
Non, pas directement. La Régie ne tranche pas les litiges civils, mais elle administre le cautionnement de licence qui peut vous indemniser, reçoit les plaintes et peut sanctionner l’entrepreneur en suspendant ou en annulant sa licence. Le parcours type reste : tentative d’entente, mise en demeure, jugement, puis réclamation au cautionnement.
Entre les garanties du Code civil, le cautionnement et les délais à respecter, il est facile de perdre le fil – et du temps. Nos avocats en litige civil à Montréal évaluent vos recours, rédigent la mise en demeure adaptée et vous guident vers la voie la plus efficace, du cautionnement aux petites créances. Communiquez avec nous pour faire le point sur votre dossier.
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