Par: Albert Bergeron Gravel 

La naïveté du néophyte

Nous ne vous apprenons rien en articulant que le sécularisme a été introduit au Québec par la Révolution tranquille. Or, ce sécularisme, partout en occident, est associé à une rationalisation de la structure de gouvernance. Cette rationalisation
découlant d’une société séculaire nous entraîne dans deux courants opposés.

D’un côté, nous visons une méritocratie du pouvoir en acceptant que les citoyens, ultimement, par leur vote, choisissent les dirigeants. Cette méritocratie est rationnelle en ce que nous avons cessé d’accepter que certains humains soient des êtres divins.

D’un autre côté, cette rationalisation nous entraîne à rejeter toute forme de souffrance. Alors que, dans la tradition chrétienne, les souffrances humaines allaient être absoutes par l’après-monde, nous avons, dans cette quête de rationalisation, rejeté l’idée de l’atteinte d’un monde meilleur, après les souffrances
de la vie humaine.

Dans ce nouveau paradigme intellectuel, les maux de chacun deviennent des enjeux sociétaux pour l’État. Ne pouvant plus justifier des souffrances de la vie humaine dans une conception religieuse, nous renvoyons le blâme à l’État rationnel et ce dernier doit trouver des solutions ou changer de gouvernement.

L’absence de maux n’est plus un moyen pour le bonheur humain, mais une fin en soi. L’atteinte d’une société sans souffrance est maintenant la boussole de notre éthique sociale. Nous appelons ce processus « le progrès social ».

LE PROGRÈS SOCIAL

Le progrès social renvoi nécessairement à une conception chronologique linéaire en ce que, les générations passées sont, selon nous, plus arriérées que la nôtre. Autrement dit, nous nous croyons plus intelligents, probablement en raison d’outils technologiques, que nos ancêtres, et nous croyons posséder les clés de l’éthique. Dans cette même logique, nous sommes en constante progression vers l’absolution des souffrances humaines comme fin en soi.

ANACYCLOSE

Nos ancêtres de la Rome antique croyaient plutôt que la société fonctionnait dans un univers cyclique. Les Romains se voyaient dans une continuité temporelle de gouvernance. Dans cette continuité cyclique, l’idée de progrès social est absente. Il serait douteux d’utiliser le terme progrès au sens contemporain pour parler du progrès de la démocratie à la monarchie.

LE DROIT CIVIL

Nous constatons que le droit civil au Québec est une victime de notre conception de progrès social et d’absence de souffrances humaines. Nous croyons, lorsque nous subissons un mal civil, que l’État à une obligation envers nous de mettre en œuvre notre indemnisation civil. Nous croyons que l’État doit payer nos frais légaux. Nous croyons que l’État doit construire plus de palais afin de faciliter l’accès à la justice. Nous croyons que l’État est la solution à nos maux.

Nous constatons que la société québécoise associe justice civile à progrès social, sans prendre en compte que les mêmes règles existaient, dans une certaine mesure, il y a deux millénaires en Europe. Et ces règles de justice s’inscrivent dans une logique. Ces règles ne visent pas l’absolution des maux sociétaux, mais plutôt l’encadrement permettant aux citoyens de régler leurs problèmes. Ce n’est que lorsque des citoyens ne peuvent s’entendre que l’État est sollicité. À ce moment, l’État ne rend pas des décisions de « progrès social ». L’État rend des décisions juridiques.

LES MAUX DE LA PLANÈTE

Gardons en tête qu’approximativement 250 000 personnes ont perdu la vie dans
des conflits armés sur la planète en 2025.
Est-il approprié de parler de progrès chronologique et linéaire ?