
Explosion des investissements et complexité accrue des projets résidentiels
Le cadre juridique de la responsabilité des administrateurs au Québec
La Loi sur les sociétés par actions du Québec (LSAQ) et la Loi canadienne sur les sociétés par actions (LCSA) imposent aux administrateurs des obligations fondamentales : le devoir de loyauté et le devoir de prudence. L’administrateur doit agir avec honnêteté, bonne foi et dans l’intérêt de la société. Il doit également faire preuve du soin, de la diligence et de la compétence dont ferait preuve une personne raisonnable dans des circonstances comparables.
Le Code civil du Québec complète ce cadre en imposant une responsabilité extracontractuelle. L’article 1457 C.c.Q. permet à toute personne ayant subi un préjudice de poursuivre un administrateur ayant commis une faute dans l’exercice de ses fonctions, même en l’absence de lien contractuel direct.
Les situations qui engagent la responsabilité personnelle
Plusieurs situations courantes peuvent engager la responsabilité personnelle d’un administrateur. La première est la faute de gestion caractérisée : des décisions prises sans information suffisante, sans consultation d’experts lorsque nécessaire, ou en situation de conflit d’intérêts non déclaré. Les tribunaux évaluent ces décisions non pas avec le recul, mais en fonction de ce qu’un administrateur raisonnable aurait fait au moment de la décision.
La deuxième situation concerne les obligations fiscales et salariales. En vertu de la Loi sur les impôts du Québec et de la Loi de l’impôt sur le revenu fédérale, les administrateurs peuvent être tenus personnellement responsables des retenues à la source non remises, des cotisations sociales impayées et de certaines dettes fiscales de la société.
La troisième concerne les obligations environnementales et réglementaires. Un administrateur qui ferme les yeux sur des pratiques non conformes s’expose à des poursuites personnelles, y compris en matière pénale.
Facteurs de risque propres au contexte montréalais
La levée du voile corporatif : quand la société ne protège plus
L'article 317 du Code civil du Québec permet aux tribunaux de lever le voile corporatif lorsque la personnalité juridique d'une société est utilisée pour masquer une fraude ou un abus de droit. Dans ces cas, l'administrateur perd la protection offerte par la structure corporative et répond personnellement des obligations de la société.
Les tribunaux recourent à ce mécanisme lorsqu'ils constatent une confusion patrimoniale entre l'administrateur et la société, l'absence de respect des formalités corporatives, ou l'utilisation de la société comme un simple écran pour les activités personnelles du dirigeant. Un litige entre actionnaires peut également mettre en lumière ces abus.
Se protéger efficacement comme administrateur
La meilleure protection reste la prévention. Un administrateur avisé s'assure de documenter ses décisions, de déclarer tout conflit d'intérêts, de s'appuyer sur des avis professionnels pour les décisions complexes et de maintenir des procès-verbaux détaillés de chaque réunion du conseil.
L'assurance responsabilité des administrateurs et dirigeants (assurance D&O) constitue un filet de sécurité supplémentaire, mais elle ne couvre pas les fautes intentionnelles ni les fraudes. Une politique de conformité interne rigoureuse est donc indispensable.
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